Six journalistes ont été convoqués ces dernières semaines par la Direction générale de la sécurité intérieure, et deux autres le sont la semaine prochaine. Des auditions libres qui suscitent des inquiétudes en France sur la « liberté d’informer ».
Une journaliste de l’émission Quotidien a aussi révélé mercredi avoir été convoquée en février par les policiers de la DGSI. « C’était le 15 février, dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret, parce que je travaillais sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis », a expliqué Valentine Oberti sur la chaîne TMC.
La journaliste a ajouté que l’ingénieur du son et la journaliste reporter d’images qui travaillent avec elle avaient eux aussi été convoqués, les 11 et 15 avril. Elle a dénoncé une procédure « d’intimidation », visant « clairement » à identifier leurs sources.
Ariane Chemin, qui a révélé l’affaire Benalla, aussi convoquée
Plus tôt dans la journée, le journal Le Monde a indiqué que sa grand reporter Ariane Chemin, qui a révélé l’affaire Benalla, était convoquée le 29 mai par la DGSI.
« Cette enquête vise (…) notamment nos informations sur le profil d’un sous-officier de l’armée de l’air, Chokri Wakrim, compagnon de l’ex-cheffe de la sécurité de Matignon, Marie-Élodie Poitout », explique le directeur de la rédaction, Luc Bronner, dans un éditorial. Chokri Wakrim était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d’affaires russe, qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pour « corruption », rappelle-t-il.
De source judiciaire, Ariane Chemin est convoquée dans le cadre d’une enquête ouverte pour « révélation de l’identité d’un membre des unités des forces spéciales ». Selon des sources concordantes, cette enquête fait suite à une plainte déposée mi-avril par Chokri Wakrim.
« La DGSI est aussi un service de police judiciaire qui a compétence pour conduire sous l’autorité de la justice les enquêtes relatives à la compromission du secret », fait-on valoir de source proche du dossier.
« L’intérêt public suppose de pouvoir enquêter sur les entourages et les liens entretenus par des collaborateurs de l’Élysée ou de Matignon, quels que soient leurs parcours antérieurs », défend Luc Bronner. Il estime que cette convocation « sous le statut d’une audition libre est d’autant plus préoccupante qu’elle suit une procédure similaire, utilisée très récemment à l’encontre d’autres journalistes ».
Un journaliste de Disclose va être entendu comme « témoin »
Mi-mai, trois journalistes ayant enquêté sur l’exportation d’armes françaises utilisées au Yémen – les fondateurs du média d’investigation Disclose, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, et un journaliste de Radio France, Benoît Collombat – ont été convoqués par les services secrets français, tous trois dénonçant une « tentative d’intimidation ».
