Par: djamel benali
Ce qui s’est produit au Venezuela n’est plus une crise politique interne, ni un différend sur la légitimité du pouvoir ou les résultats électoraux. Cela s’est transformé en un événement révélateur de la nature du système international dans sa phase actuelle. Le Venezuela n’est plus aujourd’hui un pays en proie à des troubles, mais un terrain d’essai brutal des règles de la puissance, des limites de la souveraineté et de l’avenir des relations internationales dans un monde régi par des intérêts à nu.
Premièrement : d’une crise interne à la rupture des règles de l’ordre international
Lorsque le conflit atteint le stade de l’assaut contre des institutions souveraines, du bombardement de sièges officiels et de l’arrestation d’un chef d’État à l’intérieur même de son palais, toutes les doctrines qui ont encadré les relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sont dépassées. Il ne s’agit plus de pressions politiques, de blocus économiques ou de luttes d’influence indirectes, mais d’une intervention flagrante qui redéfinit le concept même d’État. Ce qui s’est passé au Venezuela montre que la souveraineté n’est plus une ligne rouge et que le chef de l’État ne bénéficie plus d’aucune immunité politique ou juridique lorsque sa position entre en conflit avec les intérêts des grandes puissances.
Deuxièmement : le Venezuela… l’État qui a payé le prix de sa décision
On n’a pas pardonné au Venezuela de posséder l’une des plus grandes réserves de pétrole au monde, et encore moins d’avoir tenté, même de manière minimale, de gérer sa décision souveraine en dehors de la tutelle américaine. Depuis des années, Caracas est soumis à un siège économique étouffant, privé de ses instruments financiers, diabolisé médiatiquement et confronté à des oppositions dépourvues d’un horizon national fédérateur. La nouveauté réside dans le passage d’une politique de soumission lente à une logique de règlement violent, porteuse de messages dissuasifs à l’adresse d’autres États qui envisageraient de s’écarter du chemin qui leur est tracé.
Troisièmement : le bombardement des sièges… quand l’idée même de l’État est visée
Le bombardement des sièges officiels et sécuritaires ne signifie pas seulement la chute d’un régime, mais constitue une attaque directe contre le concept de l’État-nation. C’est une déclaration explicite selon laquelle les structures institutionnelles des États jugés indésirables peuvent être démantelées par la force, et que la légitimité ne découle plus de l’intérieur ni du droit international, mais du rapport de force. Cette évolution annonce un glissement dangereux de conflits politiques contenables vers des guerres ouvertes de souveraineté, sans règles ni garde-fous institutionnels.
Quatrièmement : l’arrestation d’un chef d’État… un précédent qui terrifie le monde
L’arrestation d’un chef d’État et son transfert forcé hors de son pays constituent l’aspect le plus grave de la scène. Nous sommes face à un précédent qui fait entrer les relations internationales dans une ère d’enlèvement politique légitimé, où les chefs d’État sont traités comme des cibles et non comme des acteurs souverains. Si cette pratique venait à se consolider, elle signifierait la fin non déclarée du droit international et ouvrirait la voie à une nouvelle logique : celui qui ne bénéficie pas d’alliances solides et ne dispose pas d’outils de dissuasion devient une cible légitime.
Cinquièmement : le Venezuela comme champ de confrontation entre deux mondes
Ce qui s’est produit au Venezuela ne peut être dissocié du conflit mondial plus large opposant un système occidental cherchant à préserver sa suprématie à tout prix, quitte à briser les règles qu’il a lui-même établies, à des puissances internationales émergentes qui voient dans ces événements une menace directe pour elles et pour l’idée même de l’équilibre international. La Russie et la Chine, aux côtés d’autres puissances, considèrent le Venezuela, Cuba et la Colombie comme une ligne de défense avancée de l’idée de souveraineté, et tout silence international face à ce modèle signifie que le tour pourrait venir à d’autres.
Sixièmement : les contours de l’ordre international qui renaît des cendres
À travers le Venezuela, les traits du nouvel ordre mondial se dessinent clairement : un monde sans masques moraux, où les valeurs sont remplacées par les intérêts ; la politisation de la force militaire et de l’économie, où sanctions et bombardements sont les deux faces d’une même pièce ; le recul des institutions internationales au rôle de spectateurs impuissants ; et l’accélération de la polarisation mondiale vers des blocs opposés. Nous ne sommes pas face à un ordre plus juste, mais à un ordre plus honnête dans sa violence.
Conclusion : le Venezuela n’est pas une exception… mais un avertissement
Le Venezuela n’est pas la fin de l’histoire, mais son commencement. Ce qui s’y est produit est un message clair adressé à tous les pays du Sud et à tous ceux qui pensent que la neutralité ou le discours suffisent à protéger la souveraineté. Le monde entre dans une phase où la politique est menée par la force plutôt que par le droit, par la dissuasion plutôt que par les déclarations. Ceux qui ne lisent pas correctement le Venezuela aujourd’hui pourraient se retrouver demain au cœur de la même scène. Le Venezuela n’est pas simplement une crise ; il est le miroir d’un ordre mondial qui se façonne sans pitié et sans illusions.
