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Autriche : et l’extrême droite chuta

Surprise lors des législative autrichienne de dimanche : le parti d’extrême droite FPÖ a perdu près de 10 points par rapport à son précédent score, passant de 26 % en 2017 à 16 %. Une chute bien plus importante que ce qui avait été anticipé.

Pas 26 %, ni 20 %, mais un maigre 16,1 %. Le FPÖ (Parti de la liberté), le parti d’extrême droite autrichien, a enregistré une gifle électorale lors des législatives anticipées qui se sont déroulées dimanche 29 septembre. Il a perdu 10 points par rapport à son score de 2017 et se situe bien en deçà des 20 % de suffrages anticipés la semaine dernière par les principaux instituts de sondage.

Un échec d’autant plus difficile à digérer que son allié au gouvernement, le parti conservateur de l’ÖVP est sorti renforcé du scrutin. Son leader, le chancelier sortant Sebastian Kurz va pouvoir composer une nouvelle coalition, sans avoir recours au FPÖ.

Erreur des sondeurs

L’ampleur de la contre-performance du parti d’extrême droite a pris le pays par surprise. Depuis le début des années 1990, le FPÖ semblait abonnés à des scores aux alentours des 20 % lors des législatives, à l’exception du début des années 2000, lorsque son chef d’alors, Jörg Haider, avait fait scission pour fonder un autre parti.

« Pour les instituts de sondage, 20 % constitue la barre symbolique au dessous de laquelle, ils rechignent à placer le FPÖ dans leurs estimations de vote », explique Julia Partheymüller, chercheuse en science politique à l’université de Vienne. Il y a donc clairement eu une erreur d’appréciation de la part des sondeurs.

Mais, selon l’universitaire, cette erreur est insuffisante pour expliquer l’écart de près de quatre points entre les projections et le score final du FPÖ. L’Autriche se serait-elle révélée moins à droite qu’on ne pouvait le penser ? « Je ne pense pas. Sur bien des points, les programmes du FPÖ et de l’ÖVP sont similaires, notamment sur l’immigration, ce qui n’a pas empêché les conservateurs de faire un très bon score », souligne Julia Partheymüller.

Strache : l’homme abonné aux scandales

En réalité, la formation d’extrême droite paie, enfin, le prix de ses scandales. En mai 2019, il y a eu « l’Ibizagate », du nom d’une vidéo montrant Heinz-Christian Strache, alors encore patron du FPÖ et vice-chancelier autrichien, en train de négocier un soutien financier avec une prétendue nièce d’un oligarque russe depuis le confort d’une villa à Ibiza. Conséquence directe : lors des élections européennes, le FPÖ n’avait obtenu que 17 % des voix.

Mais le parti populiste avait rapidement organisé un blitzkrieg médiatique pour dépeindre toute l’affaire comme une cabale de l’establishment contre son chef. Le message semblait avoir porté, et la popularité du mouvement avait remonté dans les mois qui ont suivi. Jusqu’en septembre, lorsque la police a arrêté un garde du corps de Heinz-Christian Strache, soupçonné d’avoir organisé un système de fausses factures au profit de son patron. Ce dernier aurait ainsi profité des finances de son parti pour ses dépenses personnelles.

« C’était le scandale de trop qui, même s’il est moins important que l’Ibizagate, a décidé une partie des électeurs du FPÖ à s’abstenir de voter, tandis que d’autres ont préféré se rabattre sur l’ÖVP », résume la chercheuse Julia Partheymüller. Ce rejet concerne donc moins la ligne politique du parti d’extrême droite que la personnalité de Heinz-Christian Strache, impliquée dans les deux affaires.

« Dictateur à tresses »

Le parti a d’ailleurs indiqué vouloir prendre un peu de recul pour nettoyer les écuries d’Augias et « renouveler son personnel ». « Il est probable qu’ils annoncent une suspension de Heinz-Christian Strache en attendant de voir jusqu’où vont ses ennuis judiciaires », note la politologue.

Mais l’ex-chef du FPÖ n’est pas la seule épine dans le pied du parti. Son discours très dur sur l’immigration n’est plus aussi porteur qu’auparavant. « Après la crise des réfugiés en 2015, c’était le thème principal dans le débat politique autrichien en 2017, mais depuis un peu plus d’un an, le problème du réchauffement climatique a gagné en importance », souligne Julia Partheymüller. Les Verts ont d’ailleurs été le mouvement qui a gagné le plus de voix lors des législatives anticipées par rapport à 2017.

Et sur ces questions, le parti d’extrême droite paraît très peu en phase avec les préoccupations des Autrichiens. Durant la campagne, la tête de liste du FPÖ, Norbert Hofer, a qualifié la militante suédoise Greta Thunberg de « dictateur à tresses », tandis que son parti a été le seul à s’opposer à une déclaration commune de tous les députés au Parlement pour faire de la lutte contre le réchauffement climatique « la plus importantes des priorités » du moment.

Le revers électoral du FPÖ met le parti devant un double défi à relever : trouver une manière de concilier son fonds de commerce – la dénonciation de l’immigration – avec les préoccupations environnementales de la population, et régler le cas de son encombrant ex-patron Heinz-Christian Strache. Sans quoi, le FPÖ, qui est actuellement en phase de remise en question pourrait très bien, d’après Julia Partheymüller, « entrer en crise profonde ».

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