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Les États-Unis, champions du monde de la détention de mineurs pour raison migratoire

À l’échelle mondiale, 330 000 mineurs sont détenus pour des raisons liées aux migrations, révèle lundi une étude de l’ONU. Parmi eux, près d’un tiers le sont aux États-Unis.

Ce n’est qu’une estimation « prudente » mais elle dit déjà les proportions de la politique migratoire de l’administration Trump aux États-Unis : plus de 100 000 enfants y sont actuellement détenus pour des raisons migratoires, révèle lundi 19 juin l’Étude globale des Nations Unies sur les enfants privés de liberté.

« Le nombre total des (enfants) détenus est de 103 000 », déclare Manfred Nowak, expert indépendant et l’un des coauteurs de cette étude, qui a obtenu ses chiffres en croisant les chiffres officiels avec des sources complémentaires qu’il affirme « très fiables ».

Il a précisé que ce nombre comprenait les mineurs non accompagnés, ceux qui avaient été arrêtés avec leurs proches, ainsi que ceux qui avaient été séparés de leurs parents avant la détention.

Au niveau mondial, ce sont au moins 330 000 enfants qui sont détenus dans 80 pays pour des raisons liées aux migrations, selon la même étude. Les États-Unis concentreraient donc à eux seul près d’un tiers de ces détentions d’enfants.

Une politique contraire à la Convention des droits de l’enfant

L’étude publiée examine notamment les violations de la Convention des droits de l’enfant. Entrée en vigueur en 1990, elle stipule que la détention des enfants ne doit être utilisée « que comme une mesure de dernier recours et pour la durée possible la plus courte ».

« La détention d’enfants liée aux migrations ne doit jamais être envisagée (…), dans l’intérêt de l’enfant. Il y a toujours d’autres solutions », a rappelé Manfred Nowak aux journalistes à Genève.

Des pays membre des Nations Unies, les États-Unis sont les seuls à ne pas avoir ratifié la convention. Cependant, pour Manfred Nowak, la non-signature n’exonérait pas l’administration du président Donald Trump de la responsabilité de ses actes en matière de détention d’enfants migrants à la frontière avec le Mexique.

« Séparer les enfants de leurs parents, comme cela a été fait par l’administration Trump, même de jeunes enfants, à la frontière avec le Mexique (…), constitue un traitement inhumain à la fois pour les parents et pour l’enfant », a-t-il souligné.

Il a également expliqué que l’administration américaine n’avait pas coopéré à l’étude en ignorant un questionnaire envoyé aux États membres de l’ONU pour la constitution de celle-ci.

La fermeté migratoire de Donald Trump

Dépuis l’élection de Donald Trump en 2016, « cette administration a fait de l’immigration son enjeu fondamental », analyse Jessica Bolter, chercheuse au Migration Policy Institute, dans Libération. « Elle a aussi su tirer parti des pouvoirs exécutifs, permettant aux agences fédérales d’entreprendre des changements de politique sans passer par le Congrès. »

Durcissement des conditions d’entrée, politique d’expulsion renforcée, extension des périodes de détention… Depuis son investiture, le président américain multiplie les mesures de fermeté en matière migratoire. À sa folle promesse de bâtir un « un grand et beau mur » à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, il ajoute un mur administratif contre les migrants.

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Fin août, le gouvernement a ainsi mis un terme à une décision de justice datant de 1997, dite « Flores », qui impose aux autorités fédérales de ne pas maintenir les enfants migrants en détention plus de vingt jours. Autorisant de fait la détention illimitée des mineurs entrés illégalement aux États-Unis.

La détention de mineurs explose aussi au Mexique

Autre pilier de la politique de tolérance zéro de l’administration américaine : la mise en œuvre en janvier du mal nommé Migrant Protection Protocol. Obtenu en tordant le bras de son homologue mexicain, il autorise le renvoi de demandeurs d’asile au Mexique le temps que leur dossier soit traité par les services d’immigration américains.

Mis sous pression, le Mexique connaît le même phénomène en matière de détention de mineurs. Le président Andrés Manuel López Obrador a fait appliquer plus durement les lois migratoires. Entre septembre 2018 et septembre 2019, 40 500 migrants mineurs voyageant vers les États-Unis sans leurs parents ont été appréhendés par les autorités mexicaines.

Selon l’étude de l’ONU, au Mexique, 18 000 enfants sont actuellement en détention pour des raisons liées à l’immigration.

Au total, l’étude des Nations Unies démontre que 7 millions d’enfants sont privés de liberté dans le monde dans différentes sortes d’institutions.

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