8 octobre… Quand l’Algérie parle au nom du principe

Par Djamel Benali
Le 8 octobre n’est pas simplement une date inscrite dans le calendrier des célébrations nationales algériennes. Ce n’est pas non plus uniquement l’anniversaire de l’admission de l’Algérie aux Nations unies en 1962, quelques mois seulement après le recouvrement de sa souveraineté nationale. Cette date résume un parcours diplomatique né au cœur de la Révolution de Libération, puis transformé en un combat pour la défense du droit international, du droit des peuples à la liberté et à l’autodétermination, ainsi que des causes que l’Algérie considère comme justes.
Lorsque l’Algérie a rejoint l’Organisation des Nations unies, le 8 octobre 1962, elle n’était pas un État à la recherche d’une place dans l’ordre international. Elle était un pays qui venait de sortir d’une guerre de libération parmi les plus longues et les plus difficiles de l’histoire contemporaine, avec l’expérience d’un peuple ayant arraché son indépendance au prix de sacrifices considérables. Depuis cette date, la diplomatie algérienne s’est inscrite dans l’histoire des Nations unies à travers son engagement en faveur de la décolonisation, des mouvements de libération, du non-alignement, de la souveraineté des États et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Soixante-quatre ans plus tard, la Journée de la diplomatie algérienne intervient dans un contexte international particulièrement complexe, marqué par une crise de confiance à l’égard de la capacité du système international à faire respecter ses propres règles de manière équitable, par la multiplication des conflits et par la persistance de crises historiques qui cherchent toujours une issue politique juste. Dans ce contexte, la célébration organisée aujourd’hui, 8 octobre 2026, par le ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, revêt une dimension particulière.
Elle ne se limite pas à commémorer l’adhésion de l’Algérie aux Nations unies. Elle permet également de rappeler les principes qui, selon la position officielle algérienne, continuent de structurer son action extérieure.
Le discours prononcé à cette occasion par le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, s’inscrit précisément dans cette perspective. Il a placé au centre de son intervention la nécessité de construire un ordre international plus juste, de renforcer le multilatéralisme et de renouveler son efficacité au service de la paix, du développement durable et de la justice internationale.
Cette vision rejoint la conception défendue par l’Algérie sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune : renforcer la présence du pays dans les espaces multilatéraux et faire du droit international un cadre central de son action diplomatique. L’expérience de l’Algérie au Conseil de sécurité des Nations unies, en tant que membre non permanent, a notamment donné une visibilité particulière à ses positions sur les questions de paix et de sécurité internationales, sur les crises africaines et arabes, et surtout sur la question palestinienne.
La Palestine demeure ainsi au cœur de l’action diplomatique algérienne. Alger réaffirme que le peuple palestinien possède des droits nationaux légitimes et inaliénables, au premier rang desquels figure le droit à l’établissement d’un État palestinien indépendant et souverain, avec Al-Qods Al-Charif comme capitale. Dans ses différentes interventions, l’Algérie souligne également que la paix véritable ne peut être construite en faisant abstraction des droits du peuple palestinien et que la solution à deux États reste liée à l’établissement d’un État palestinien pleinement souverain et reconnu au sein de la communauté internationale.
Pour Alger, la Palestine n’est donc pas une question conjoncturelle ni un simple dossier lié à une évolution politique particulière. Elle renvoie à une question plus fondamentale : le système international peut-il appliquer le droit international de manière égale à tous ? Peut-on parler de paix durable sans justice ? Et jusqu’où les doubles standards peuvent-ils être tolérés sans affecter la crédibilité des institutions internationales ?
Une même référence au principe du droit des peuples à l’autodétermination apparaît dans la position algérienne concernant la question du Sahara occidental. L’Algérie réaffirme que son règlement doit s’inscrire dans le cadre des Nations unies et permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination. Cette position s’inscrit, selon la lecture officielle algérienne, dans le cadre de la décolonisation et dans la continuité d’un principe qui constitue depuis longtemps l’un des fondements de la diplomatie algérienne.
C’est à ce niveau que la Palestine et le Sahara occidental se rejoignent dans le discours diplomatique algérien autour d’un principe central : le droit des peuples à déterminer librement leur avenir, tout en reconnaissant que chacune de ces deux questions possède son propre contexte juridique et politique.
Cette conception permet également de comprendre une partie des positions défendues par la diplomatie algérienne sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune et sous la conduite d’Ahmed Attaf. Alger entend inscrire son action internationale dans les principes qu’elle considère comme constitutifs de son identité diplomatique : la souveraineté, la non-ingérence, le respect du droit international, la promotion de la paix et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Le monde a profondément changé depuis 1962. Les instruments de la diplomatie ont évolué, les rapports de force se sont transformés et de nouveaux défis sont apparus : énergie, sécurité, migrations, climat, sécurité alimentaire et mutations géopolitiques. Mais pour l’Algérie, certains principes ne devraient pas être soumis aux fluctuations de la conjoncture, notamment le droit des peuples à la liberté, à la souveraineté et à la paix.
C’est précisément là que réside la portée symbolique du 8 octobre. L’Algérie qui entrait aux Nations unies en 1962 avec la légitimité de sa Révolution de Libération célèbre aujourd’hui sa diplomatie en continuant à porter, dans les enceintes internationales, une conception fondée sur le droit des peuples et sur la primauté du droit international.
Le discours d’Ahmed Attaf prononcé aujourd’hui ne constitue donc pas uniquement une intervention protocolaire à l’occasion d’une fête nationale. Il s’inscrit dans une lecture plus large des transformations du monde et réaffirme la volonté de l’Algérie de faire du multilatéralisme et des institutions internationales un espace essentiel de défense de la paix et des causes qu’elle considère comme justes.
De l’Algérie qui a arraché son indépendance en 1962 à l’Algérie qui s’exprime aujourd’hui au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale des Nations unies et dans les différentes enceintes internationales, un même fil demeure : la conviction que les peuples doivent pouvoir déterminer librement leur avenir, que la souveraineté ne peut être à géométrie variable et que la paix durable ne peut se construire uniquement par le rapport de force, mais aussi par la justice et le respect du droit.
Voilà le sens profond de la Journée de la diplomatie algérienne. Elle n’est pas seulement une célébration du passé. Elle est la mémoire d’un parcours et, surtout, l’expression d’une vision de la place de l’Algérie dans le monde.
Le 8 octobre, l’Algérie ne célèbre donc pas seulement une date historique. Elle rappelle le passage d’un pays sorti du colonialisme à un État qui continue de placer la décolonisation, la souveraineté et le droit des peuples au cœur de son discours international.
De la Révolution de Libération à la diplomatie des principes… telle est l’histoire de l’Algérie aux Nations unies.



